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Septembre 08, 2010
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Feature Stories


ils sont fous ces autrichiens

Auteur Lyonel Chocat



Ils sont fous ces Autrichiens
L’œil vif, le mollet alerte, enfin disons plutôt que son mollet ressemblait plus à celui d’un joueur du XV de France de Rugby qu’à celui d’un marathonien, notre guide autrichien enjambait les rochers succédant au sentier forestier. Invités sur ce territoire par une célèbre marque d’optique, nous étions partis très tôt du chalet niché dans une clairière au milieu des sapins. Lorsque notre guide ôta sa veste à la lisière de la forêt nous comprîmes, Gérard, un ami journaliste et moi-même, que les choses sérieuses débutaient. Le rythme s’accéléra, la pente aussi… Oubliant les lacets, notre guide pris la route la plus courte mais aussi la plus fatigante, la ligne droite… Au bout d’une heure, dans un chaos rocheux nous découvrîmes une petite chevrée. Nous pouvions tirer un jeune ou un vieux mâle. Le second choix étant absent du groupe, le guide nous désigna un éterlou. Plouf plouf et jeu de la paille la plus court, Gérard fut choisi. La carabine basculante s’immobilisa sur la veste déposée sur un caillou. L’animal fut visé, tiré et raté ! la cause ?

Le chien, un Rouge de Bavière bien sûr, le chien obligatoire de tout bon guide fit bouger notre tireur en se jetant au bout de sa laisse après avoir vu un autre chamois dans notre dos. Deux jurons fusèrent en même temps. Je n’en compris qu’un ! Les chamois escaladèrent les rochers. Explications, regrets, excuses (du maître et non du chien). Il nous fallait passer au plan B. Dans un Anglais germanisé notre jeune guide expliqua que les chamois allaient sûrement se réfugier sur un petit plateau au  sommet de la montagne. Joignant le geste à la parole, il désigna la fameuse montagne. Un piton isolé, monstrueusement haut. Était ce une blague ? réponse négative. ni avait-il pas d’autres chamois dans la vallée, plus bas ? C’était offenser notre pilote que de lui demander cela.

Nous avions mis ces animaux sur pied, il nous fallait les retrouver et tenter à nouveau notre chance. Parfois l’éthique, ça n’a pas que du bon. Hésitations, palabres, rien n’y fit. Nous partîmes, tête basse et souffle court. Certains ont le pied montagnard, moi non, je vous l’avoue. Si bien que dès je fus obligé de me tenir à 45° par rapport à la pente pour ne pas tomber j’évitais de me retourner. Les choses se gâtèrent lorsque le guide mit son adorable chien dans son sac à dos pour escalader, le terme est le bon, des blocs de pierre. Avec une carabine en bandoulière et du matériel photographique assez coûteux dans un sac à dos, nous n’étions, Gérard et moi-même pas au mieux pour le suivre. Nouvelles palabres, nouveau refus du guide d’aller voir ailleurs, c’était ce groupe-là ou rien. Sans assurance, sans corde et sans équipement, il nous entraîna dans une vraie course de montagne avec des passages où nous étions au-dessus d’à pic dépassant les 100 m.

Je le maudissais tout haut, lui et ses proches, mais heureusement il ne comprit pas. Arrivés au sommet, je continuais de râler quand le guide mis son doigt sur sa bouche. En dessous de nous, couchés au soleil, une vingtaine de chamois ruminaient. Incroyable vu le bruit que nous avions fait en montant. Une rapide approche, quelques dizaines de mètres de dénivelé perdus et nous étions à portée de tir. Le guide jumela les animaux, posa sa veste sur une pierre, me désigna un chamois isolé, debout. J’épaulais, plongeant mon regard dans la lunette, un superbe mâle jaillit dans le réticule. « Schiessen ! » , l’ordre de tir fut donné. La balle partit !

Le guide aussi, m’arrachant la carabine des mains. Je restais comme un c… À genoux devant ma pierre, le regardant disparaître dans le pierrier. Intérieurement je dis adieu à mon arme… J’écoutais, dans l’attente de la chute et du bruit signalant le bris de l’arme. Le guide reparut, souriant, le bouc était bien mort, mais il craignait qu’il ne fut que blessé. Il me rendit mon arme, intacte. Félicitations d’usage. Le guide coupa le pinceau du chamois et le fixa sur son chapeau… Jolie déco. Question sur la hauteur du sommet. Du doigt, le guide dessina 2400, pas mal ! Mais là il fallait redescendre. Je ne sentais pas le coup de l’escalade alors le guide nous entraîna dans un couloir d’avalanche. Ce dernier portait bien son nom, chaque bloc bougeait lorsque nous mettions le pied dessus.

Le guide tirait le chamois avec une corde de trois mètres. Je craignais pour le trophée, il sautait de roche en roche, quant à nous, nous usions nos fonds de culotte, progressant doucement. L’Autrichien ne fut bientôt plus qu’un point à la lisière de la forêt dans laquelle il disparut. Nous arrivâmes une heure après lui au chalet. Il s’était déjà enfilé trois demi-litres de bière mélangé avec du Coca cola, si, si je vous jure. Il parlait avec son collègue qui, lui avait redescendu seul un jeune cerf de huit cors devant peser 180 kg tiré par un armurier de la région parisienne. Le soir, lors du repas, ce dernier ne cessa de répéter, « ils sont fous ces Autrichiens, il a tiré le cerf tout seul jusqu’ici, ils sont fous ! » en effet mais quel souvenir !


Lyonel chocat responsable des rubriques chasse et pêche du chasseur français

 

 

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